L’engagement marital au travers de la peinture

On retrouve dans les oeuvres de Jan Van Eyck un motif revenant fréquemment, celui de l’engagement marital.  En effet, au Moyen-Age, les peintures et notamment les portraits, pouvaient servir de demandes en mariage ou encore de commémoration d’un mariage pour un couple. Il était alors fréquent qu’un homme adresse à une femme un portrait tenant une bague pour lui signifier sa volonté de l’épouser. Parfois, un tableau pouvait même devenir une forme de témoin d’un mariage, afin de garder une trace réelle de l’engagement des époux.

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Dans le Portrait des époux Arnolfini, les mains des personnages ont longtemps suscité une interrogation chez les historiens de l’art. S’agissait-il d’une forme d’intimité, montrée par le peintre, ou de la preuve d’un engagement réciproque dans le couple. On peut voir que le couple se tient par la main, dans un geste délicat, les mains se touchant à peine. Ce geste est placé au centre du tableau et semble offert au regard du spectateur. La main droite de l’épouse est ouverte, ce qui peut être interpréter comme un signe d’approbation de l’épouse face au regard du peintre, tandis que sa main gauche est placée sur son ventre. Ce geste particulièrement significatif est problématique dans l’interprétation de l’oeuvre, et une question subsiste : l’épouse est-elle enceinte ?

Tout autour, des éléments offrent des interprétations diverses. Le petit chien serait un symbole de fidélité, les rideaux rouge du lit symboliseraient quand à eux la passion ou encore l’acte physique. Enfin, des symboles religieux se glissent dans la scène, comme les oranges, près de la fenêtre, qui symboliseraient l’innocence et la pureté ; la bougie allumée sur le lustre pourrait être la présence de l’oeil de Dieu. Enfin, les souliers enlevés nous rappellent les cérémonies religieuses dans lesquelles on se déchaussait pour entrer dans un lieu saint.

Ce tableau témoigne certainement d’un engagement marital et a été interprété comme la marque visuelle d’un contrat de mariage ou encore une forme de commémoration de la noce du couple. Selon Erwin Panofsky, la scène serait un mariage secret et Jan Van Eyck en aurait été le témoin.  Cette hypothèse fut cependant contestée par Lorne Campbell en  1998, qui affirma que ce tableau aurait avant tout eu un rôle concret : celui de présenter l’épouse de Giovanni Arnolfini à sa cour et à sa famille.

Récemment, une hypothèse proposée par Margeret Koster s’est montré particulièrement intéressante. Celle ci souligne que le tableau commémorerait l’épouse, qui serait décédée peu de temps auparavant. Elle explique notamment la place du chapeau de l’époux, porté en période de deuil, mais aussi les tonalités très sombres de son habillement. Les bougies du lustre éteintes du côté de l’épouse seraient le moyen de signifier que sa vie s’est achevée. Une citation d’Ovide, tirée de L’ars amatoria, qui était peut-être présente sur le cadre aujourd’hui perdu du tableau, appuierait cette hypothèse. Il est dit : « Promittas facito quid enim promittere laedit/Pollicitis dives quilibet esse potest. » soit « Promettez ! Quel dommage, en effet, y a-t-il à promettre ? Riche de promesses, l’est qui veut ». Cette oeuvre aurait donc une symbolique beaucoup plus funeste que celles formulées au départ. Cependant, il convient de rester prudent vis-à-vis de tout cela, car nous n’avons aucune certitude et il reste encore  beaucoup d’autres voies à explorer dans ce tableau.

homme fiancé

Au travers de ses portraits, Van Eyck rappelle aussi l’importance du détail dans l’interprétation des éléments présentés. En effet, son portrait de l’Homme au chaperon bleu, peint en 1430 ( Huile sur bois, 22,5 x 16,6 cm Musée National Brukenthal, Roumanie ) témoigne de l’engagement d’un homme vis-à-vis de sa future épouse. La bague tenue par le modèle témoigne d’une promesse de fiancailles. La peinture jouerait le rôle de demande, formulée par l’époux en devenir, et proposée à la fiancée convoitée.

On retrouve ce même geste dans une autre oeuvre de l’artiste, le Portrait de l’orfèvre Jan de Leeuw, une huile sur bois datée de 1436 et conservée à Vienne au Kunsthistorischesmuseum. Cependant, pour ce portrait nous ne connaissons que très peu de choses et il n’y a que peu de mentions d’un quelconque mariage ou demande de fiançailles.

Portrait de l'orfèvre jan van eyck

On peut donc voir l’importance des détails dans l’interprétation des oeuvres, notamment avec les Epoux Arnolfini qui continuent à intriguer les historiens d’art. Mais il reste néanmoins certain que la peinture du moyen-âge et du début de la renaissance jouait un rôle dans les interactions sociales entre des fiancés ou dans la représentation d’un engagement marital, que ce soit dans une sphère privée ou publique.

Sources : http://employees.oneonta.edu/farberas/arth/arth214_folder/van_eyck/arnolfini.html

http://www.passee-des-arts.com/article-de-l-epithalame-a-l-epitaphe-le-double-portrait-des-arnolfini-de-jan-van-eyck-58684672.html

http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/eyck/arnolfini.htm

(consulté le 23/03/2013)

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