L’influence du voyage en Italie

Le voyage en Italie de Jan Van Eyck, le marqua profondément dans sa conception artistique. Ce dernier affirmait qu’il ne « maîtrisait pas l’art de la perspective ». Technique essentielle à la renaissance et mainte fois utilisée dans les oeuvres qui ont marqué cette époque.

Van Eyck aura retenu en autre la technique de la peinture à l’huile qui fera évolué et les compositions très géométriques et rigoureuses. En effet, il est le premier à transférer des personnages isolés dans un espace atmosphérique.

Il a fait évolué la technique de la peinture à l’huile sans pour autant la créer, ce qu’on lui attribut d’ailleurs souvent, il utilise un liant à base d’huile siccative et c’est grâce à cette technique qu’on arrive à une parfaite maitrise du réalisme des éléments peints comme on le peut voir notamment dans son oeuvre les Epoux Arnolfini, à travers leurs visages. On caractérise d’ailleurs les oeuvres de Jan Van Eyck comme étant des oeuvres minutieusement réalistes. Et cette technique permit d’autre part, la netteté des oeuvres.

280px-Van_Eyck_-_Arnolfini_Portrait

Nous pouvons quand même noter une certaine différence dans les oeuvres des primitifs italiens et des flamands comme Jan Van Eyck. Chez les primitifs italiens, la lumière est au service de l’idée tandis que chez les flamands, la lumière est au service des matières, et encore une fois, l’exemple de son oeuvre les Epoux Arnolfini ou bien La Vierge du chancelier Rolin, illustrent parfaitement ce propos.

unknown1.jpg

Le dessin et Jan Van Eyck

Jan Van Eyck faisait souvent des dessins préparatoires avant d’entreprendre la création de ses oeuvres. Il faut savoir que à cette époque, on peignait souvent sur panneaux, et la plupart des peintres faisaient d’abord des dessins préparatoires, car il y avait peu  de moyen de repentir sur les supports en bois.

boijmans-2

Lors de la préparation de l’exposition  « The road to Van Eyck » au Musée Boijmans Van Beuningen, consacrée au peintre flamand et à ses contemporains, on a retrouvé un de ses dessins préparatoires. Il s’agit d’une Crucifixion qui met en scène une foule devant Jérusalem.  Il s’agit d’une oeuvre de l’atelier de Jan Van Eyck.

Les méthodes de travail et l’organisation de Jan Van Eyck dans son atelier n’était pas réellement différentes de celles des autres peintres. Il avait conservé des anciens dessins et modèles tous comme les autres, qui permettaient d’être réutiliser. Une trentaines de dessins sont attribués à Jan Van Eyck.

Capture-d’écran-2012-01-26-à-09-1.18.52

Seule l’oeuvre de Jan Van Eyck, Partie de Pêche, exposée au musée du Louvre à Paris, est un dessin en couloir. Il s’agit de la technique du lavis brun avec quelques rehauts de blancs comme nous pouvons le remarquer au niveau des coiffes des femmes, leurs vêtements et le château qu’on peut apercevoir en arrière plan. Néanmoins, on peut constater que seuls les hommes ainsi que leurs costumes sont peints en rouge rehaussé d’or. Par ce choix, le peintre met encore plus l’accent sur la composition de l’oeuvre. Ce dessin est donc l’une de ses oeuvres les plus anciennes et datées.

Il faut noter, que dans l’abondante liste de dessins préparatoires établis par les chercheurs, les plus connus sont ceux de l’ Agneau mystique. On sait d’autre part aujourd’hui que certaines miniatures retrouvées  et certains dessins retrouvés aussi ne sont pas issus de Jan Van Eyck, mais de ses collaborateurs ou successeurs, qui se basaient sur des dessins de leurs maitres pour apprendre et avant de créer une oeuvre sur panneau.

La relation des frères Jan et Hubert Van Eyck.

Hubert Van Eyck est un peintre  de l’école des primitifs flamands du 15èS. Il est né à Maaseik en 1366 et décède en 1426 à Gand. Il est le frère de Jan van Eyck, connus pour avoir inventé la peinture à l’huile en rajoutant aux couleurs de la térébenthine. Il faut savoir que Francesco Guicciardini et Giorgio Vasari lui attribuent tous deux à tort l’invention de la technique de la peinture à l’huile. Nous pouvons néanmoins noter qu’il est vrai que par de nouveaux mélanges, il atteignit à une couleur plus transparente et donc à un caractère plus lumineux. D’autre part, on attribue à Hubert Van Eyck d’avoir commencer le Retable de l’agneau mystique  finis par son frère Jan.

800px-Lamgods_open

La peinture des frères Van Eyck témoigne de l’attention portée à la lumière et d’une infinie patience du regard  et de la sagesse. Leurs pensées sont très imprégnées par le christianisme et sont portés par tous les règnes, par toutes les formes et par toutes les matières comme nous pouvons le constater dans l’Agneau mystique. Dans le monde des Van Eyck tout s’unifie, l’invisible et le visible, le spirituel et le matériel, le Corps mystique et l’humanité, la connaissance rationnelle et celui du regard. Et cela transparait à travers l’agneau mystique esquissait dans un premier temps par Hubert puis achevait dans un second temps par son Frère Jan. Ces deux peintres, sont globalement en accord, sur la manière de peindre et de mettre en valeur les détails dans la peinture. Lorsque Hubert peint le ventre d’Eve, attribut majeur de la féminité, il peint une courbe de manière à annoncer la naissance et son frère Jan, ne pense pas autrement.

Jan est notamment  très attentif à la transfiguration de toutes les matières, nous pouvons le remarquer en faisant l’inventaire des matières de la Vierge au chanoine van der Paele : la chape de velours, les orfrois, les tapis d’orient, les surplis, les perles, les joyaux, le bronze, le marbre, le cristal de roche, la roue de bois, les multiples étoffes par exemple. Et cela est une grande leçon que son Frère Hubert a retenue de lui.

vierge_au_chanoine_1436

Nous pouvons noter, quelques différences  alors dans la peinture des deux frères : Chez Jan Van Eyck la piété devient discrète loin des grands retables et des endroits publics. Et c’est l’une des grandes différences entre  l’art de ces derniers. Chez Hubert il y a un passage vers la peinture de chevalet incontestable. Le tableau comme essence prend « son espace son être en soi ». Hubert semble alors plus mystique que Jan qui travail surtout pour les princes. Il faut savoir, qu’on ne connait pas grang chose de Hubert, au contraire de son frère. Il est resté un peu dans l’ombre de son frère. D’ailleurs, il est intéressant de mentionner que sur la tombe d’Hubert Van Eyck il est écrit qu’il était le Frère de Jan Van Eyck et qu’il était « le second dans l’art ».

Un paysage qui cache une symoblique dans la peinture de Van eyck

On note chez Jan Van Eyck, un réel souci du détail au niveau de la composition du paysage en arrière plan dans ses œuvres. En effet, nous pouvons le constater dans une de ses œuvres les plus reconnues à savoir la Vierge du chancelier Rolin qui illustre parfaitement sa minutie du détail.

Unknown

La vierge du chancelier Rolin est une œuvre peinte pour Nicola Rolin, duc de Bourgogne. C’est grâce à la symétrie rigoureuse du cadre architectural que le peintre oppose dans son œuvre le sacré et le profane. C’est ainsi que le paysage du fond, derrière le chancelier, est représenté par des maisons et un monastère du pouvoir politique, tandis que derrière la vierge nous trouvons une cathédrale et des églises de la cité de Dieu.  De plus, le jardin peut faire référence à la pureté de la Vierge mais aussi évoquer une certaine richesse et vanité, notamment du à la présence du paon.

aawxvan-eyck-chancelier-rolin2

Dans sa composition, Jan Van Eyck est encore une fois très rigoureux. Pour attirer l’oeil du spectateur vers ce paysage, l’artiste a composé la scène dans le fond dans l’axe de fuite. Les traits de compositions se rejoignent tous en un point qui se trouve au centre du tableau au niveau de ce paysage, qui représente une scène à part entière. Celle-ci comporte tous les détails d’une vie terrestre. Nous pouvons noter, qu’il représente probablement la cité de Liège (on reconnait le Pont des Arches et la tour de la Cathédrale Saint-Lambert). D’autre part, à travers l’architecture nous pouvons remarque des scènes de l’ancien testament sur les chapiteaux des pilastres du fond à gauche : : L’Expulsion du paradisLe Sacrifice de Caïn et AbelDieu recevant l’offrande de ce dernierLe Meurtre de CaïnNoé dans l’arche et Noé recouvert par un de ses fils.

8583173066_6feb79c062_m

Jan van eyck, dans son oeuvre, met en scène une composition qui lie intimement les plans de l’espace réels et de l’espace « suggéré », par exemple, la main du christ est placée sur une ligne qui présente le pont en quelque sorte, il y a un contact plastique, le pont devient alors un élément de communication à voie symbolique. En effet, il faut savoir que l’oeuvre célèbre en quelque sorte l’action politique du chancelier Rolin sur le royaume de Bourgogne. Ce dernier a conduit le royaume de France à signer un traité  en 1435 à savoir le traité d’Arras, qui mit fin à une guerre civile. D’autre part, nous pouvons constater la présence d’une croix miniature qui est visible sur ce même pont. On peut donc parler d’une association symbolique : la croix se trouve au choeur de la composition. Elle établit une communication entre le chancelier Rolin et le christ (on pourrait même supposer que ça permet à Jan van Eyck de valoriser l’action politique du chancelier).

Jan-van-Eyck-la-vierge-au-chancelier-Rolin---detail--2-

Enfin, le peintre Jan Van Eyck, met en place un point de vue qui suggère au spectateur une liaison symbolique du paysage entre premier et arrière plan. Il y a un lien fort qui amène confusion entre la main du Christ et le pont sur lequel on y trouve la croix. Tant par la symbolique que par la plasticité, l’artiste donne un sens profond à son oeuvre et qui finalement dépasse la simple commande d’oeuvre de dévotion. Pour finir, la présence de dos de son frère Hubert  et de lui même entrain de regarder le paysage illustre parfaitement la transition et le parallèle entre monde divin et monde terrestre.

van_eyck_chancelier_rolon_detail_1