L’identité des personnages, un élément incertain

Lorsque l’on tente de décrire et d’interpréter les peintures de Jan Van Eyck, un point pose souvent problème, celui de l’identité des personnages dans ses oeuvres. En effet, ses peintures suscitent de nombreuses interrogations sur la véritable identité des modèles. Le premier tableau posant problème dans l’identification est le Portrait des époux Arnolfini.

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L’ouvrage de Pierre-Michel Bertrand intitulé Le portrait de Van Eyck énonce l’hypothèse selon laquelle les personnages représentés ne seraient pas le couple Arnolfini mais bien Jan Van Eyck et son épouse Marguerite. On connait peu de choses à propos de son épouse, excepté le fait qu’elle était probablement noble et beaucoup plus jeune que lui. Le peintre se maria à la jeune femme en 1433 et ils eurent leur premier enfant une année plus tard. Le couple eut deux enfants, et Marguerite vécut toute sa vie avec Jan Van Eyck. Il peignit son portrait en 1939, alors que celle ci était âgée d’environ 33 ans.

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Pour appuyer cette théorie, l’auteur rappelle qu’avant le concile de Trente, un couple pouvait se marier sans cérémonie, avec seulement un témoin et un serment prononcé en présence des deux personnes. La signature très travaillée de Van Eyck ferait office de preuve ou de témoin, pour une oeuvre qui deviendrait un contrat de mariage. L’aspect très symétrique et solennel de la toile, ainsi que tous les éléments symboliques ( le chien, les perles, les fruits ou encore le miroir ), témoigneraient de cet engagement des deux époux. Mais Pierre-Michel Bertrand souligne un autre fait : la jeune femme enceinte serait probablement Marguerite, et l’inscription : « Johannes de Eyck fuit hic » aurait alors pour sens que le fils de l’artiste soit présent dans l’oeuvre. On peut supposer que son fils prit lui aussi le prénom Jan, comme il était courant de le faire pour le fils ainé. On a pu voir dans plusieurs gravures de femmes enceintes, que ces oeuvres étaient en réalité des portraits d’enfants à naitre, il en existe plusieurs exemples. L’identité des personnages de l’oeuvre serait donc bien plus claire et précise si on pense que ce tableau représente Jan Van Eyck, Marguerite et leur futur enfant. En regardant précisément, on voit dans le miroir au fond de la pièce, deux personnages en bleu et rouge. L’un des deux pourrait être Hubert, le frère de Jan Van Eyck, qui serait alors un des témoins du mariage de son frère.

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La seconde oeuvre qui pose problème dans l’interprétation des personnages est le célèbre portrait de l’Homme au turban rouge de 1433. Lorsque l’on recherche un autoportrait de Van Eyck, ce tableau revient sans cesse. Pourtant, rien ne nous indique qu’il s’agit bien du portrait du peintre, pas de dédicace particulière, ou de précisions écrites par le peintre. Mais cette hypothèse a néanmoins perduré jusqu’à devenir une hypothèse affirmée par plusieurs historiens de l’art. Cela servit même de point de départ au roman de Élisabeth Bélorgey, intitulé Autoportrait de Van Eyck (Éditions Fayard, 2000). On croit voir une ressemblance avec un personnage présent sur le volet gauche du polyptyque de L’agneau Mystique, dont il existe une copie à Gand. Jan Van Eyck serait le personnage à cheval, portant un turban noir.

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Nous possédons malheureusement peu d’autres exemples d’oeuvres permettant d’étayer toutes ces hypothèses sur la représentation de Jan Van Eyck dans ses oeuvres. Mais il résulte de tout cela une chose certaine, Jan Van Eyck accordait beaucoup d’importance à la représentation des personnages dans ses oeuvres et devait probablement se plaire à semer le doute au sein de ses peintures, à jouer sur les éléments symboliques dans ses tableaux.

Sources :

http://leportique.revues.org/index554.html

http://apprendreavoir.blogspot.fr/2012/10/jan-van-eyck-la-grandeur-au-miroir-de.html

(consulté le 01/04)

L’engagement marital au travers de la peinture

On retrouve dans les oeuvres de Jan Van Eyck un motif revenant fréquemment, celui de l’engagement marital.  En effet, au Moyen-Age, les peintures et notamment les portraits, pouvaient servir de demandes en mariage ou encore de commémoration d’un mariage pour un couple. Il était alors fréquent qu’un homme adresse à une femme un portrait tenant une bague pour lui signifier sa volonté de l’épouser. Parfois, un tableau pouvait même devenir une forme de témoin d’un mariage, afin de garder une trace réelle de l’engagement des époux.

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Dans le Portrait des époux Arnolfini, les mains des personnages ont longtemps suscité une interrogation chez les historiens de l’art. S’agissait-il d’une forme d’intimité, montrée par le peintre, ou de la preuve d’un engagement réciproque dans le couple. On peut voir que le couple se tient par la main, dans un geste délicat, les mains se touchant à peine. Ce geste est placé au centre du tableau et semble offert au regard du spectateur. La main droite de l’épouse est ouverte, ce qui peut être interpréter comme un signe d’approbation de l’épouse face au regard du peintre, tandis que sa main gauche est placée sur son ventre. Ce geste particulièrement significatif est problématique dans l’interprétation de l’oeuvre, et une question subsiste : l’épouse est-elle enceinte ?

Tout autour, des éléments offrent des interprétations diverses. Le petit chien serait un symbole de fidélité, les rideaux rouge du lit symboliseraient quand à eux la passion ou encore l’acte physique. Enfin, des symboles religieux se glissent dans la scène, comme les oranges, près de la fenêtre, qui symboliseraient l’innocence et la pureté ; la bougie allumée sur le lustre pourrait être la présence de l’oeil de Dieu. Enfin, les souliers enlevés nous rappellent les cérémonies religieuses dans lesquelles on se déchaussait pour entrer dans un lieu saint.

Ce tableau témoigne certainement d’un engagement marital et a été interprété comme la marque visuelle d’un contrat de mariage ou encore une forme de commémoration de la noce du couple. Selon Erwin Panofsky, la scène serait un mariage secret et Jan Van Eyck en aurait été le témoin.  Cette hypothèse fut cependant contestée par Lorne Campbell en  1998, qui affirma que ce tableau aurait avant tout eu un rôle concret : celui de présenter l’épouse de Giovanni Arnolfini à sa cour et à sa famille.

Récemment, une hypothèse proposée par Margeret Koster s’est montré particulièrement intéressante. Celle ci souligne que le tableau commémorerait l’épouse, qui serait décédée peu de temps auparavant. Elle explique notamment la place du chapeau de l’époux, porté en période de deuil, mais aussi les tonalités très sombres de son habillement. Les bougies du lustre éteintes du côté de l’épouse seraient le moyen de signifier que sa vie s’est achevée. Une citation d’Ovide, tirée de L’ars amatoria, qui était peut-être présente sur le cadre aujourd’hui perdu du tableau, appuierait cette hypothèse. Il est dit : « Promittas facito quid enim promittere laedit/Pollicitis dives quilibet esse potest. » soit « Promettez ! Quel dommage, en effet, y a-t-il à promettre ? Riche de promesses, l’est qui veut ». Cette oeuvre aurait donc une symbolique beaucoup plus funeste que celles formulées au départ. Cependant, il convient de rester prudent vis-à-vis de tout cela, car nous n’avons aucune certitude et il reste encore  beaucoup d’autres voies à explorer dans ce tableau.

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Au travers de ses portraits, Van Eyck rappelle aussi l’importance du détail dans l’interprétation des éléments présentés. En effet, son portrait de l’Homme au chaperon bleu, peint en 1430 ( Huile sur bois, 22,5 x 16,6 cm Musée National Brukenthal, Roumanie ) témoigne de l’engagement d’un homme vis-à-vis de sa future épouse. La bague tenue par le modèle témoigne d’une promesse de fiancailles. La peinture jouerait le rôle de demande, formulée par l’époux en devenir, et proposée à la fiancée convoitée.

On retrouve ce même geste dans une autre oeuvre de l’artiste, le Portrait de l’orfèvre Jan de Leeuw, une huile sur bois datée de 1436 et conservée à Vienne au Kunsthistorischesmuseum. Cependant, pour ce portrait nous ne connaissons que très peu de choses et il n’y a que peu de mentions d’un quelconque mariage ou demande de fiançailles.

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On peut donc voir l’importance des détails dans l’interprétation des oeuvres, notamment avec les Epoux Arnolfini qui continuent à intriguer les historiens d’art. Mais il reste néanmoins certain que la peinture du moyen-âge et du début de la renaissance jouait un rôle dans les interactions sociales entre des fiancés ou dans la représentation d’un engagement marital, que ce soit dans une sphère privée ou publique.

Sources : http://employees.oneonta.edu/farberas/arth/arth214_folder/van_eyck/arnolfini.html

http://www.passee-des-arts.com/article-de-l-epithalame-a-l-epitaphe-le-double-portrait-des-arnolfini-de-jan-van-eyck-58684672.html

http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/eyck/arnolfini.htm

(consulté le 23/03/2013)